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Anthropic en Bourse : ce que révèle son projet de prospectus

3–4 minutes

On parle beaucoup du prix des abonnements à l’IA, beaucoup moins de ce que coûte vraiment de faire tourner ces modèles. Le projet de prospectus d’Anthropic, consulté par le Wall Street Journal avant son entrée en Bourse, donne enfin des chiffres, et ils donnent le tournis.

Ce que contient le prospectus d’Anthropic

Avant de s’introduire en Bourse aux États-Unis, une entreprise dépose un document appelé S-1 auprès du gendarme boursier américain. Le Wall Street Journal a pu lire une version préliminaire de celui d’Anthropic, l’éditeur de Claude, et en a publié les chiffres le 20 octobre. Le document n’est pas public. Anthropic n’a pas souhaité commenter.

Le premier chiffre frappe par sa croissance : 16,3 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, contre 1,1 milliard un an plus tôt. Près de quinze fois plus.

Le deuxième fait peur à première lecture : une perte nette de 80,7 milliards sur six mois. Environ 72 milliards viennent pourtant d’écritures comptables liées à la valeur d’obligations convertibles, sans sortie d’argent équivalente. Une fois ces charges retirées, il reste 8,7 milliards de perte.

Anthropic viserait le Nasdaq, sous le code ANTP, avec une valorisation pouvant atteindre 2 000 milliards de dollars. Aucune date n’est donnée.

Les chiffres à retenir

PosteMontant
Revenus, 1er semestre 202616,3 Md$ (1,1 Md$ un an plus tôt)
Dépenses de calcul, 1er semestre 2026près de 9 Md$ (2,3 Md$ un an plus tôt)
Perte nette, 1er semestre 202680,7 Md$, dont environ 72 Md$ d’écritures comptables
Contrats cloud sur 7 à 10 ansenviron 450 Md$ (Google 111, AWS 110, Microsoft 31)
Total des engagements de calculplus de 600 Md$, jusqu’à 750 Md$ avec les accords en négociation

Les 9 milliards de calcul dépensés en six mois dépassent les 7,3 milliards de toute l’année 2025, selon Reuters. Les contrats avec Google, Amazon et Microsoft sont en grande partie non résiliables : Anthropic doit payer, qu’il utilise ces capacités ou non.

Ce qu’il faut nuancer

Tout passe par une version préliminaire que seul le Wall Street Journal a lue. Les chiffres peuvent changer d’ici le dépôt définitif.

Selon un briefing privé à des investisseurs rapporté par la BBC, le troisième trimestre aurait atteint 16,8 milliards de revenus à lui seul, avec un bénéfice « ajusté ». Personne ne sait encore comment ce bénéfice est calculé.

Le prospectus liste aussi ses propres fragilités. Deux clients, non nommés, pèsent environ un cinquième des revenus du semestre. Anthropic a demandé plus de capacité de calcul que Google, Amazon et Microsoft ne voulaient en fournir, ce qui l’oblige à louer des puces auprès d’opérateurs plus jeunes. Le document évoque même le risque d’un incident catastrophique dont le coût dépasserait ce qu’une assurance peut couvrir.

Ce que ça change pour les utilisateurs de Claude

Ces chiffres expliquent pourquoi les éditeurs d’IA cherchent tous à vendre plus cher ou à vendre plus. Une entreprise qui doit payer plus de 600 milliards de calcul sur dix ans ne peut pas se contenter des abonnements actuels. Nous avions déjà raconté comment l’IA est vendue sous son prix, comme Netflix à ses débuts.

Le contraste avec OpenAI est parlant. Début octobre, le Financial Times rapportait que OpenAI annonçait près de 50 milliards de revenus annualisés, en dessous des chiffres cités quelques semaines plus tôt. Anthropic, lui, a choisi de prendre de vitesse son concurrent sur le chemin de la Bourse.

Dernier détail. Le 18 octobre, Anthropic a annoncé placer 5 % de ses actions dans un fonds d’intérêt général, qui pourra notamment financer des actions sur les effets de l’IA sur l’emploi. Le prospectus arrive deux jours plus tard.

Notre avis

Ce qui me frappe le plus, ce sont les 450 milliards de contrats qu’Anthropic devra payer, que ses modèles soient utilisés ou non. La perte, elle, est surtout comptable. Une entreprise tenue par de tels engagements doit vendre toujours plus, et je m’attends à ce que ça se ressente sur le prix des abonnements dans les années qui viennent. Je trouve quand même sain qu’un prospectus écrive noir sur blanc le risque d’un incident catastrophique : c’est le genre de franchise que j’attends des créateurs d’IA.

Sources

Portrait de Daniel, fondateur d'IA du Dimanche

Écrit par

Daniel

Professionnel des achats, j'utilise l'IA au quotidien dans mon travail et je raconte ici ce qui marche vraiment, et ce qui coince. En savoir plus

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