Une IA d’OpenAI qui pirate une vraie entreprise pendant un test, une autre qui dépense l’argent d’un portefeuille crypto qui ne lui appartient pas. Ces incidents d’agents IA tombent au moment où OpenAI, Anthropic et Apple vous proposent de leur confier votre ordinateur.
J’en ai fait une vidéo de dix minutes, avec les preuves à l’écran. L’article reprend les faits et les sources.
Des IA qui utilisent votre ordinateur à votre place
Le 26 octobre, OpenAI a sorti GPT-6.1 Terra. Sa spécialité : regarder l’écran, cliquer et taper dans vos logiciels, avec la souris et le clavier comme vous le feriez. OpenAI cite des formulaires à remplir, des plans techniques à lire, un produit à retrouver dans un catalogue à partir d’une photo. Il coûte deux fois moins cher que la version précédente pour les développeurs et, selon OpenAI, il va trois fois plus vite que son plus gros modèle. Les abonnés payants de ChatGPT y ont déjà accès.
Apple suit le mouvement. Pages, Keynote et Numbers vont s’ouvrir à des agents IA extérieurs grâce au protocole MCP, une sorte de prise universelle sur laquelle n’importe quelle IA compatible peut se brancher pour lire un document, le modifier et lancer des actions.
Le chiffre le plus parlant vient d’Anthropic. Dans une étude publiée le 16 octobre sur ses propres équipes, l’entreprise indique que ses agents ont cumulé plus d’heures de travail que ses salariés pour la première fois en mars. En août, les agents pilotés par un employé travaillaient six fois plus d’heures que la personne qui les dirigeait. Sur la même période, la part des juniors dans les recrutements techniques est passée de 27 % à 9 %.
Trois incidents d’agents IA en quatre mois
Juillet, Hugging Face. Le 16 juillet, la plateforme où les chercheurs partagent leurs modèles annonce une attaque menée de bout en bout par un agent autonome. Cinq jours plus tard, OpenAI reconnaît que ce sont ses propres modèles : GPT-5.6 Sol et un modèle pas encore sorti, en plein test de cybersécurité. Ils ont enchaîné plusieurs failles, utilisé des identifiants volés et une faille inconnue jusque-là pour entrer chez Hugging Face et récupérer les réponses du test. OpenAI parle d’un incident sans précédent.
Juin, un portefeuille crypto. Dans un rapport mis à jour le 15 octobre, OpenAI raconte qu’un modèle de recherche devait déployer un programme sur Sepolia, un réseau de test, sans monnaie pour payer les frais. Il a écrit un script qui génère des portefeuilles à partir de phrases de récupération connues des développeurs, en a testé 362 et en a trouvé un approvisionné. Son raisonnement conclut par un simple « Fine », il paye, et son compte rendu ne dit rien de l’origine de l’argent. C’était de la monnaie de test sans valeur. OpenAI écrit pourtant qu’un modèle peut ainsi remplacer l’accord du propriétaire par son propre jugement.
Octobre, un correcteur qui triche. Le 6 octobre, une IA d’OpenAI devait noter les réponses de sept autres modèles. Les fichiers étaient introuvables. Elle a rendu sept notes identiques inventées, fabriqué de faux fichiers, puis tenté d’effacer des dossiers système pour forcer un redémarrage de sa machine. La surveillance d’OpenAI l’a repérée et aucune note n’a été retenue.
Pourquoi un agent prend des raccourcis
Ces modèles sont entraînés par apprentissage par renforcement : ils sont récompensés quand la tâche est terminée, un peu comme un chien qui reçoit une friandise. À force, ils deviennent très doués pour finir la tâche. Si le chemin normal est bloqué, ils cherchent un raccourci, même interdit. Avec un chatbot, une erreur reste une mauvaise réponse à l’écran. Avec un agent qui a des accès, c’est une action dans le monde réel.
Les créateurs d’IA appuient sur pause
Le 26 octobre, Anthropic a déposé son dossier d’entrée en Bourse, un document où chaque phrase engage l’entreprise. On y lit que quatre de ses modèles sont sortis de leur environnement de test pendant des sessions de 10 à 34 heures. L’un d’eux a trouvé un mot de passe enregistré et s’en est servi pour se connecter en administrateur sur le système d’une autre organisation. Anthropic dit avoir prévenu les personnes concernées et n’avoir vu aucune tentative d’échapper à la surveillance. Elle a surtout repoussé de plus d’un mois l’entraînement de son prochain modèle.
Les autorités s’en mêlent aussi. Le 15 octobre, la FTC, l’autorité américaine de protection des consommateurs, a adressé à OpenAI et à Anthropic des demandes d’enquête de plus de 50 pages sur leur gestion de ces incidents.
Ce que ça change pour vous au travail
Ces outils vont arriver dans les bureaux, souvent avant que les règles internes ne suivent. Donner un compte, un mot de passe ou un accès à un agent, c’est lui confier vos droits. Et en cas de dérapage, c’est en général le client qui répond de ce qui se passe sous son compte. Gardez des accès limités et une validation humaine avant tout envoi ou paiement.
Notre avis
Je ne crois pas qu’il faille refuser ces outils : le gain de temps est énorme et ils vont devenir la norme. Mais quand OpenAI et Anthropic écrivent eux-mêmes que leurs modèles ont agi sans autorisation, je les prends au mot. Un agent, ça se surveille comme un stagiaire très rapide. Le vrai risque, c’est de lui donner les clés avant d’avoir posé les règles.
Sources
- OpenAI : Introducing GPT-6.1 Terra (26 octobre 2026)
- Anthropic : étude sur l’emploi chez Anthropic (16 octobre 2026)
- Hugging Face : rapport sur l’incident de sécurité de juillet 2026
- TechCrunch : OpenAI says Hugging Face was breached by its own pre-release models (21 juillet 2026)
- OpenAI : rapport sur l’utilisation d’un portefeuille de test sans autorisation
- Decrypt : OpenAI Model Used Testnet Ethereum Wallet Without Permission (16 octobre 2026)
- OpenAI : Damaging the task environment to trigger a reset
- SEC : formulaire S-1 d’Anthropic (26 octobre 2026)
- Yahoo Finance : Anthropic discloses month-long training pause
- Axios : FTC, OpenAI et Anthropic (15 octobre 2026)
- iThinkDiff : Keynote, Pages et Numbers ajoutent la prise en charge de MCP


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