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Claude perce le mystère des courbes NIST de la NSA

3–4 minutes

Pendant plus de 25 ans, des cryptographes ont soupçonné la NSA d’avoir glissé quelque chose dans les nombres qui servent à fabriquer les courbes NIST, utilisées pour signer et sécuriser une bonne partie des échanges sur Internet. Claude, l’IA d’Anthropic, a trouvé l’origine de ces nombres en moins d’une demi-heure, et la réponse tient en un mot : des horodatages.

D’où venaient les graines des courbes NIST ?

Les courbes NIST (P-192, P-224, P-256, P-384 et P-521) servent à ECDSA, le standard de signature électronique adopté par l’agence américaine des normes en 2000. Chacune part d’un nombre de départ, une « graine ». Ces graines ont été fournies par la NSA, sans un mot sur la façon dont elles avaient été choisies.

D’où le soupçon. Si l’agence avait essayé des milliers de graines pour garder celle qui cache une faiblesse, personne ne pouvait le prouver ni l’exclure. Une rumeur tenace affirmait que les graines venaient d’une phrase humoristique passée dans une fonction de hachage. Des chercheurs ont cherché cette phrase pendant des années.

En octobre, un employé d’Anthropic, qui prépare son entrée en Bourse, a confié le problème à une version de recherche de Claude. Il a volontairement gardé la rumeur pour lui. Claude est parti d’une autre idée : un logiciel des années 90 utilisait sans doute un générateur de nombres aléatoires de la bibliothèque C de l’époque. Il a écrit un petit scanner pour la tester. Sur quatre des dix graines examinées, le bit le plus haut de chaque bloc valait zéro. Ce motif n’a qu’une chance sur 5 810 d’apparaître par hasard.

Il désignait lrand48, un générateur très courant à l’époque. Claude a reconstitué son état interne avec une technique classique de réduction de réseau (l’algorithme LLL), puis l’a fait remonter jusqu’à son point de départ : l’horloge de l’ordinateur, à des dates comprises entre mai 1997 et avril 1998.

Les chiffres à retenir

  • Moins de 30 minutes pour trouver l’origine des graines.
  • 1 chance sur 5 810 : la probabilité du motif repéré par Claude.
  • 10 graines expliquées : les 5 courbes NIST et 5 courbes du standard ANSI X9.62.
  • 36 864 dollars : la prime liée à l’énigme, reversée à Internet Security Research Group, l’association qui gère Let’s Encrypt.

Ce que cette découverte ne prouve pas

Anthropic insiste : il n’y a ni faille ni nouvelle attaque contre ECDSA. Les courbes ne sont pas affaiblies. Elles ne sont pas non plus « prouvées sûres ». C’est l’argument principal du soupçon qui tombe, rien de plus.

Tout n’est pas résolu. L’origine de la graine de la courbe binaire B-163 reste floue, tout comme la méthode de choix des points de base de plusieurs courbes, dont les quatre plus utilisées.

Ce qui rend l’annonce crédible, c’est le code. Anthropic a publié un script court qui régénère les graines. Le site Cellcog l’a lancé et retrouve les neuf graines du standard FIPS 186-2 à l’identique, et deux équipes extérieures l’ont aussi reproduit selon AI Weekly.

Ce que ça change au travail

Pour vos systèmes, rien. Aucun correctif à installer, aucune clé à changer : P-256 continue de protéger les connexions comme avant.

La méthode mérite qu’on s’y arrête. Beaucoup d’entreprises font tourner des logiciels dont plus personne ne sait expliquer certains réglages. Claude a procédé comme un enquêteur : une hypothèse sur l’outil d’époque, un programme pour la tester, puis une vérification. On peut appliquer la même démarche à du code hérité ou à des archives techniques, à condition qu’un humain contrôle le résultat à la fin.

Notre avis

Ce qui m’a marqué, c’est le choix de cacher la rumeur à Claude. Les humains ont tourné en rond des années autour d’une phrase qui n’existait pas ; sans cette fausse piste, l’IA est partie ailleurs. Pour moi, c’est le bon usage de ces outils : une IA bien pilotée qui explore les chemins que personne n’a regardés. Le risque viendra des annonces sans code publié, impossibles à vérifier (sur des tâches bien plus simples, ChatGPT et Gemini se trompent encore sur 4 chiffres sur 10 du CAC 40).

Sources

Portrait de Daniel, fondateur d'IA du Dimanche

Écrit par

Daniel

Professionnel des achats, j'utilise l'IA au quotidien dans mon travail et je raconte ici ce qui marche vraiment, et ce qui coince. En savoir plus

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